Le crépuscule de la veuve blanche

de Cyril Carrère

(Octobre 2025 aux éditions Denoël – 400 pages)

Dans une vidéo, Genji, français habitant désormais au Japon, raconte à ses followers l’histoire d’Ayumi Inoue, alias La veuve blanche, tueuse en série.

Cela fait vingt ans que Jun est détective privé. Et quand il a repris l’agence de Swana & Associés, il l’a rebaptisée Total Life Support avec son ami d’enfance Gaku Tanaka.

A l’aube d’une affaire complexe, disparaître à son tour pour chercher un disparu et découvrir la vérité sera le choix de Jun.

Installé à Tokio depuis de nombreuses années, Cyril Carrère est l’auteur de cinq romans dont La colère d’Izanagi, lauréat du prix Noir sur Ormesson et coup de cœur du Festival des Littératures Policières de Libourne. Il se distingue en dépeignant un Japon loin des clichés, au travers d’intrigues immersives et d’une construction narrative d’exception. (source éditions Denoël – photo Léo-maël)

Même si on ne connaît pas le Japon, il semble facile de s’y projeter tant les descriptions que nous en fait Cyril Carrère sont précises et réalistes, comme pour la frénésie permanente qui règne à Tokyo.

Et quand on le connait, qu’il est doux de s’y retrouver.

Bien sûr, uniquement par moments, car nous sommes avant tout dans un thriller et les sujets choisis par l’auteur sont sombres et anxiogènes.

Cette fois-ci, avec Le crépuscule de la veuve blanche, l’auteur nous propose une immersion dans les codes de la société nippone et met en lumière l’une de ses faces cachées et ses secrets bien enfouis.

Il s’agit du phénomène des évaporés (johatsu), ce choix de disparaître complètement. Il nous explique comment se passe cette organisation tentaculaire incroyablement organisée et millimétrée.

Nous apprenons, notamment, la différence de lois en ce qui concerne une personne qui « s’évapore » au Japon et une disparition en France. Au pays du soleil levant, ce sont les droits individuels qui priment, comme, par exemple, le fait de ne pas pouvoir traquer un compte bancaire sans l’accord de l’intéressé.

Nous découvrons une foule de choses plus étonnantes les unes que les autres. L’auteur aime déconcerter ses lecteurs et une fois de plus, c’est tout à fait réussi.

Dans ce thriller, nous retrouvons avec plaisir la cellule Sakura dont les membres enquêteront de façon très minutieuse et nous emmèneront dans le sillage de la veuve blanche. ll faudra toute leur ténacité, leur perspicacité et surtout leur patience pour venir à bout de cette affaire.

Parfois, il n’y a pas que des enquêteurs sur les traces des disparus. Il peut y avoir aussi des personnes beaucoup plus dangereuses, comme par exemple, si la personne enfuie a contracté d’énormes dettes, son créancier va alors tout mettre en œuvre pour la retrouver. Une véritable chasse s’engage.

Un autre point est soulevé, mais celui-ci est international. C’est celui d’être l’enfant d’une meurtrière et de la difficulté pour cet enfant de prendre sa place, d’aimer et se faire aimer.

Et comment évoquer ce pays sans parler de la catastrophe de Fukushima ? L’auteur revient sur ce drame et évoque le fait que plusieurs personnes ont profité de tout ça pour « s’évaporer ».

Le crépuscule de la veuve blanche, le plus japonais des thrillers de Cyril Carrère, une puissance toute en finesse et maîtrisée.

(Merci à Théophile des éditions Denoël et à Cyril Carrère)

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